Itinérance

 

Des maisons de chambres toujours nécessaires

(Publié par le RAPSIM le 31 mai 2018)

Hier, la Ville de Montréal a lancé son Portrait des chambreurs*. Réalisée en collaboration avec la Direction régionale de la santé publique (DRSP), cette étude dresse un portrait qualitatif de la population vivant dans des maisons de chambres privées, dans 5 arrondissements de Montréal. Basée sur 274 entrevues, elle documente le profil des chambreurs rencontrés, le lien qu’ils entretiennent avec leur logement, leur état de santé ainsi que leur trajectoire d’itinérance.

L’étude donne lieu à plusieurs recommandations en faveur de la sauvegarde de ce parc de logement. Si ces pistes d’action interpellent la Ville et le réseau de la santé dans les actions à mener, il sera important de tenir compte de l’expertise développée les groupes communautaires. Leur connaissance des besoins devra être mise à contribution dans les réponses à apporter dans les différents quartiers.

Les maisons de chambres : un rôle essentiel pour prévenir et réduire l’itinérance

Le RAPSIM accueille cette étude avec grand intérêt. Elle confirme le rôle essentiel joué par les maisons de chambres comme dernier rempart avant la rue ou comme tremplin pour en sortir. Elle démontre également que, malgré les enjeux d’insalubrité et d’insécurité qui marquent souvent ce parc de logements, les chambres représentent pour beaucoup de personnes un chez soi, un lieu d’appartenance, un ancrage dans leur quartier et des liens dans leur communauté. Si certains chambreurs considèrent la chambre comme un lieu de transition, pour d’autres, il s’agit d’un habitat de longue date. Les chambreurs ont des profils et des besoins variés mais la grande précarité constitue leur dénominateur commun. La moitié des personnes rencontrées dans le cadre de l’étude ont vécu de l’itinérance.

Les OSBL d’habitation se sont donnés comme mission de garantir une offre de logements salubres, sécuritaires et accessibles

Cette étude souligne l’importance de poursuivre l’action en faveur de la sauvegarde des maisons de chambres et de développer des réponses adaptées aux besoins des personnes qui y vivent.  À ce titre, la Ville a pris des engagements importants dans son Plan d’action 2018-2020 : systématiser et étendre la recension des maisons de chambres privées dans différents arrondissements, redéployer l’offre de chambres de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), élaborer une stratégie d’intervention adaptée aux besoins des chambreurs en concertation avec les partenaires de l’habitation et de la santé.

Des solutions existent

Si la socialisation du parc n’est pas toujours possible, elle continue de représenter une option pertinente pour en permettre la sauvegarde. Ainsi, plusieurs maisons de chambres ont été socialisées par des groupes membres du RAPSIM. Leur transformation en logements social permet d’assurer aux locataires un loyer véritablement accessible et un milieu de vie de qualité à long terme. Dans les derniers mois, deux maisons de chambres ont ainsi été socialisées sur le Plateau Mont-Royal.

Parallèlement, les derniers mois ont aussi été marqués par des fermetures de maisons de chambres entrainant l’éviction de leurs locataires, les poussant vers l’itinérance ou les rendant à fort risque de l’être. Certaines ont tout simplement été vendues pour être transformées en projets plus lucratifs. Dans le cas du 3629 Ste-Catherine, un feu dans la bâtisse a entrainé la fermeture, quelques semaines avant celle prévue par l’arrondissement pour cause d’insalubrité. Dans tous les cas, les options de relogement pour les locataires sont très limitées. Au-delà du très faible revenu des personnes, leur mode de vie pour certaines (usage de drogues, travail du sexe, etc.) fait en sorte que les chambres représentent souvent la seule option de logement, car les conditions de bail y sont souples.
Ces développements témoignent de l’ampleur du travail qu’il reste à faire pour prévenir les fermetures en amont et développer des réponses adaptées aux besoins des personnes les plus marginalisées lorsque l’éviction n’a pu être évitée.

10 ans après la tenue d’une commission populaire sur la sauvegarde des maisons de chambres organisée par le RAPSIM en 2009, la pertinence demeure de mener une action pour préserver ce type de logement et répondre aux besoins des populations qui y vient. Le RAPSIM réalisera dans les prochains mois un bilan des actions menées dans les dernières années en faveur de la sauvegarde, les acquis mais aussi les défis qui en ressortent afin d’alimenter la poursuite de son action et celle de ses partenaires.

Pour plus d’information sur le Portrait de la Ville et de la DRSP :

Lien vers le Portrait

Pour plus d’information, vous pouvez contacter Alice Lepetit, organisatrice communautaire au RAPSIM à This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it..

Solidairement,

Alice Lepetit, organisatrice communautaire au RAPSIM

* Le terme de chambreur est utilisé au masculin, les hommes représentant la grande majorité de cette population (environ 80%).