Dépendances

L'accès au traitement des dépendances compromis

Nathalie Vigneault - Publié le 13 février 2015

AIDE SOCIALE. Au Québec, 91 centres de traitement des dépendances reçoivent annuellement 15 000 personnes souffrant de dépendance. La réforme de l'aide sociale du ministre Blais pourrait avoir une incidence sur la qualité des services, dénonce Bruno Ferrari du centre Dianova.

Les coupes annoncées à l'aide sociale pour les personnes en cours de traitement d'une dépendance révèlent, finalement, des problèmes d'accessibilité à une thérapie pour les personnes déjà vulnérables en plus d'accélérer le sous-financement des centres de thérapie, comme Dianova à Terrebonne, qui sont plus d'une centaine au Québec.

L'Association québécoise des centres d'intervention en dépendance (AQCID) croit que les bénéficiaires n'auront tout simplement pas les moyens de payer leur thérapie. En donnant 200 $ par mois plutôt que les 720 $ habituels à un bénéficiaire de l'aide sociale qui suit une thérapie en hébergement puis en coupant la prestation de 131 $ pour contrainte temporaire, tel que proposé par le ministre Blais, on freine l'accès au service pour ceux qui en ont besoin.

« Avec 200 $ par mois, on ne paie pas grand-chose, surtout lorsque l'on a d'autres obligations, un enfant, des dettes parfois… Certaines personnes pourraient remettre en cause leur traitement à cause du manque d'argent », soutient M. Ferrari.

« Même dans l'éventualité où les frais mensuels ne seraient pas chargés, la diminution de leurs moyens financiers réduit les possibilités qui leur sont offertes pour se réintégrer dans la société », écrit l'AQCID dans son mémoire déposé le 5 février dernier.

Sous-financement et coûts sociétaux

Ainsi, on priverait chaque centre de 150 000 $ en moyenne annuellement, causé par la perte de clientèle, considérant que 80 % de la clientèle en thérapie est prestataire d'aide sociale. Chez Dianova, on parle d'une perte de près de 200 000 $ sur un budget annuel de 900 000 $. Sans parler de fermeture, c'est la qualité des services qui est menacée.

« Cela fait deux fois que nous nous faisons agresser. La première fois, c'était lorsque la ministre Agnès Maltais [gouvernement péquiste] a limité la durée des séjours à 180 jours et à deux épisodes par année, alors que certaines personnes, selon les cas, peuvent nécessiter plus de temps. Maintenant, c'est au tour du financement indirect via les prestataires d'aide sociale », déplore Bruno Ferrari, directeur général de Dianova.

M. Ferrari souhaite une meilleure reconnaissance du service offert en centre de thérapie, mais aussi toutes les économies que ces centres permettent de réaliser pour l'ensemble de la société.

À ce titre, dans son mémoire, l'AQCID signale que pour chaque dollar investi, une économie de 7 à 18 $ est effectuée en coûts judiciaires, sociaux ou sanitaires pour le système public.

Enfin, l'AQCID souligne qu'une telle mesure pourrait mener à l'augmentation de l'itinérance, ce qui va à l'encontre du plan d'action interministériel en itinérance 2015-202 déposé en décembre.

Comparatif des coûts

1 jour en centre hospitalier: 600 $ à 1000 $

1 jour en centre de détention: 174 $

1 jour en centre de réadaptation public: 200 $

1 jour en centre de traitement comme Dianova:49,88 $

Source: AQCID

Coûts et contributions pour une thérapie

Coût total du traitement (par jour): 100 $

Remboursement Ministère de l'emploi: 49,88 $

Contribution du résident: 10 $

Manque à gagner: -40,12 $

Source : AQCID