Dépendances

Auparavant alcoolique et sans domicile fixe, elle est aujourd'hui entrepreneure

Nathalie Vigneault - Publié le 13 février 2015

THÉRAPIE. Le parcours de Monique Fleury démontre à quel point il peut être difficile de se sortir du tourbillon de la dépendance sans les ressources appropriées. La dame a accepté de rencontrer le Trait d'Union et de raconter son séjour chez Dianova qui a littéralement changé sa vie.

Sans toit et dépendante à l'alcool au point où des malaises physiques et des tremblements apparaissent lorsqu'elle en manque, Monique Fleury est transportée d'urgence à l'hôpital Saint-Luc pour un coma éthylique.

« J'ai été plongée dans le coma pendant quatre jours aux soins intensifs. En reprenant mes esprits, je voulais en finir avec la vie, je ne voyais pas d'issue à mon problème. Un intervenant est ensuite venu me voir pour me proposer un centre, en cherchant un dépliant, une feuille tombe par terre; c'était le dépliant de Dianova », raconte Mme Fleury.

Dépliant en main, elle téléphone au centre, mais il n'y a pas de place. « Il fallait absolument que j'aille là et au plus vite, parce que je savais que je replongerais », dit-elle. C'est ce qui est arrivé d'ailleurs, mais elle a continué à appeler.

Entre temps, elle fait une psychose toxique et est à nouveau transportée à l'urgence de l'hôpital de Joliette cette fois. « J'ai perdu le droit de voir ma fille parce que dans ma psychose, je voulais m'enlever la vie et amener ma fille avec moi. En sortant de la psychiatrie, j'ai dû faire d'autres démarches pour arriver chez Dianova. »

Un cheminement personnel intense

Monique Fleury entre chez Dianova, en 2010, où elle y séjournera 18 mois, soit neuf mois de thérapie et six mois de bénévolat. Après un mois, elle réalise qu'elle en était à sa dernière ressource. C'est là que la reconstruction de sa vie commence.

Dans son cheminement, Monique a réappris « le droit chemin », à être honnête envers soi et les autres. Le mensonge et la manipulation envers son entourage pour assouvir sa soif ont été du lot, tant la dépendance était forte. « Ces personnes ont été là pour moi malgré tout et je les remercie aujourd'hui », dit-elle.

Il lui a aussi fallu réapprendre la gestion, notamment dans une cuisine, elle qui est chef cuisinière de métier. « J'ai dû accepter de remettre les pieds dans la cuisine, car je ne voulais plus rien savoir de ça; ça me rappelait trop mes problèmes. On m'a d'abord placée dans le comité cuisine, puis tranquillement j'ai repris le goût. Aujourd'hui, j'opère mon restaurant avec mon conjoint », dit-elle. Le restaurant s'appelle chez le Diable à Saint-Zénon, qui est dans sa quatrième année.

Cette dépendance l'avait empêché de gravir les échelons pour atteindre le métier de chef cuisinière dans un grand hôtel comme elle en rêvait. « J'étais rendu au point où je me réveillais aux deux heures la nuit en tremblant. Ça me prenait deux ou trois verres de vin pour me rendormir », raconte-t-elle. Ces tremblements l'avaient finalement rendue inapte à travailler en cuisine.

« Ce que je dirais aux autres qui hésitent encore à prendre les moyens de s'en sortir, c'est que l'on a le droit d'être bien, on a le droit d'être heureux. Et la vie est tellement plus belle quand tu la vois en entier et non pas à travers un brouillard. »
Au-delà de ces aptitudes, la partie la plus délicate, mais qui demeure néanmoins essentielle, est de faire face à ses douleurs intérieures.

Enfance malheureuse

Attouchée sexuellement à l'âge de six ans et violée à l'âge de 17 ans, Monique avait un mal de vivre profondément imprégné. C'est cela qui l'a rendue dépendante. « L'alcool et la drogue me faisaient oublier », dit-elle.

À l'âge de 15 ans, Monique Fleury tombe dans le monde de la drogue. Enfant malheureuse, elle oublie ses problèmes en consommant différentes drogues. En 1992, à l'âge de 31 ans, elle doit suivre une thérapie pour traiter sa dépendance aux drogues. Après deux ans et demi de sobriété, c'est l'alcool qui lui permettait de calmer sa souffrance.

« Je considère que oui, c'est moi qui ai fait les efforts du parcours, que c'est grâce à moi si je m'en suis sortie, mais les autres m'ont aidé grandement aussi. À chaque fois que je voyais arriver quelqu'un ici, ça me rappelait à quel point le bagage est lourd à porter. Et c'est l'fun de savoir qu'on n'est pas seule et d'autres qui sont pire que soi. C'est long avant que tu puisses les ouvrir tes ailes, ça prend du temps et des gens compétents », affirme-t-elle.

« Même si c'est derrière moi définitivement aujourd'hui, je n'oublie pas. Je regarde mon cartable encore, je viens acheter des vêtements ici pour ne pas oublier », explique-t-elle.

« Ce que je dirais aux autres qui hésitent encore à s'en sortir, c'est que l'on a le droit d'être bien, on a le droit d'être heureux. Et la vie est tellement plus belle quand tu la vois en entier et non pas à travers un brouillard », conclut-elle.