Dépendances

Hommage au Dr William Glasser, père de la Réalité Thérapie, par Francine Bélair

Psychiatre de renommée internationale, le Dr William Glasser est décédé le 23 août dernier à l'âge de 88 ans, à Los Angeles. Le Dr. Glasser était avant tout connu pour être l'auteur de la Réalité Thérapie, une méthode de psychothérapie qu'il avait créée en 1965 et qu'il enseignait depuis, partout dans le monde. 

Francine Bélair, qui a eu la chance de connaître et même de compter au nombre des élèves du Dr Glasser, livre un témoignage touchant sur cet homme profondément humaniste.

Le Dr Glasser n’est plus.

J’avais 22 ans en août 1978 lorsque j’ai fait ma première intervention en Thérapie de la Réalité. Ce fut un de mes premiers tête à tête avec Dr Glasser. C’était un jeu de rôle où celui-ci jouait le rôle de MON client et moi celui de son intervenante. Quand il m’a désignée du doigt pour faire l’intervention, j’avais du coton dans les oreilles, les genoux qui s’entrechoquaient et la bouche étrangement sèche.

J’avais toutes les difficultés à penser à mes questions et encore plus à comprendre ses réponses. Au bout d’un moment, où celui-ci jouait le rôle d’un détenu en libération conditionnelle, je lui ai demandé bien candidement : « Et… que faites-vous pour avoir du plaisir? » (What do you do for fun?) Il s’est interrompu et moi j’ai littéralement figé.

C’est certain, j’avais raté ma chance de me taire. Il s’est mis à rire, s’est retourné vers le groupe et s’est exclamé : « C’est exactement ce que je veux! La Réalité Thérapie consiste à identifier avec votre client ses besoins en souffrance et à l’aider à trouver de nouveaux comportements plus adéquats, moins misérables pour les satisfaire. » Je venais de recevoir ma première leçon de vie professionnelle. Mon rôle consiste à poser des questions et non pas à chercher des solutions à la place de mon client.

Depuis ce temps, le Dr Glasser est mon mentor, non seulement dans ma vie professionnelle, mais aussi dans ma vie personnelle. Après cette première semaine de formation (il y en a eu bien d’autres), je lui ai dit que j’enseignerais cette approche en français au Québec et, possiblement, dans la francophonie. Et c’est ce que je me suis employée à faire.

J’étais là quand, à l’une de ses premières interventions au Québec, il a congédié le traducteur professionnel et m’a demandé, au pied levé, de monter sur la scène et de prendre sa place. Malgré une traduction souvent hésitante, un anglais parfois approximatif, un français souvent mal accordé et un choix de mots pas toujours justes, il préférait avoir à ses côtés quelqu’un qui comprenait l’essence de l’approche plutôt que la précision du mot. Il ajoutait bien candidement : « Cela me donne le temps de réfléchir et d’être meilleur! Et de toute façon tu sais ce que je veux dire. »

J’étais là quand, dans un grand restaurant où nous souhaitions lui offrir un repas à sa hauteur, il m’a glissé à l’oreille : « Tu sais Francine, la nourriture ne m’excite pas vraiment! » (I don’t get hysterical with food! ) Et du coup, engloutir son gâteau au chocolat et terminer le mien.

J’étais là quand, entre Québec et Montréal, après une importante prestation et que je devais le reconduire à l’hôtel me demander s’il pouvait s’asseoir à l’arrière et dormir tout le trajet pour se réveiller frais et dispo à l’arrivée.

J’étais là quand, nous avions invité l’écrivain québécois Georges-Hébert Germain à l’une de ses conférences et, que celui-ci lui a volé la vedette, pendant que le Dr Glasser piquait un petit somme à la table.

J’étais là quand celui-ci a tenu à être présent à une réunion des instructeurs quelques jours après le décès de Naomie, sa première femme, parce que nous faisions partie de sa famille.

J’étais là quand il s’est fait refuser l’entrée à la salle de conférences par ma mère qui ne le reconnaissait pas et s’évertuait à expliquer à cet américain que s’il n’avait pas payé sa place, il ne pouvait assister à la conférence. « No ticket, no enter! » Et celui-ci de me raconter cette anecdote à chaque fois que je le revoyais en me demandant systématiquement si ma mère serait présente à la conférence.

Il a insisté fortement pour que je devienne instructrice senior et a personnellement évalué ma performance sur bande magnétoscopique. Naomie m’a raconté qu’il s’est exclamé que je pourrais enseigner l’approche à une pierre! (She could teach Reality Therapy to a rock!) Il croyait, profondément, que nous devions tous enseigner l’approche au monde entier.

Il était là quand j’ai publié mon premier livre et s’est empressé d’écrire la préface de « Pour le meilleur… jamais le pire »

Je ne l’ai jamais appelé Bill, préférant l’appeler Dr Glasser, il souriait et m’appelait Francine. Il s’efforçait de prononcer mon prénom à la française et non pas à l’américaine. Il y est presque parvenu…

S’il n’est plus de ce monde, son enseignement reste vivant à jamais dans ma vie. Le Dr Glasser a profondément influencé ma vie personnelle, mes relations à l’autre. Je m’efforce, tous les jours, d’être à la hauteur de son enseignement.

Au revoir et merci Dr Glasser, votre casquette de baseball et chemises hawaïennes vont me manquer.

Le 23 août 2013 est décédé à Los Angeles, le Dr William Glasser, père de la Réalité Thérapie. Il était âgé de 88 ans.

Francine Bélair

Article initialement publié sur le site pro-action.ca

A propos de l'auteur: Francine Bélair est diplômée de l'Université McGill à Montréal (Québec) et associée de longue date du Dr William Glasser. Mme Bélair préside aux destinées de Réalité Thérapie Pro-Action Inc., une société qu'elle crée au milieu des années 80. En savoir plus.